La place Maubert

Au cœur du Quartier latin, les ambitions modernistes du baron Haussmann ont grandement modifié le visage de la place Maubert, quand ont été dessinés le boulevard Saint-Germain et les rues Monge et Lagrange. La place fut pourtant un centre d’enseignement fameux, avant de devenir un des lieux parisiens des exécutions capitales…

Dès le XIIe siècle, la place Maubert accueille des maîtres qui, du haut de leur perchoir, donnent encore leurs leçons en plein air devant des écoliers qui les écoutent debout, assis par terre ou sur des bottes de paille. À proximité de l’un des plus importants marchés de Paris, c’est aussi le point de départ des fameux chahuts qui régulièrement embrasent le Quartier latin.

La secte de Luther

Quand, au XIVe siècle, les étudiants commencent à gravir la colline Sainte-Geneviève pour aller suivre les leçons de ses nombreux collèges, la place devient le lieu où se dressent tout à tour potences, roues et bûchers qui se chargent d’exécuter bandits et criminels. C’est aussi là que, à partir du XVIe siècle, finissent ceux que Louise de Savoie, mère de François Ier désigne comme « ceste malheureuse et damnée secte et hérésie de Luther qu’il falloir empescher de pulluler en ledict royaume. »

La liste des suppliciés est longue, tout comme l’éventail des supplices : les condamnés sont brûles vifs, pendus, étranglés, certains d’entre eux ayant d’abord eu la langue arrachée ou percée… On pend même un pauvre commerçant dont le seul crime est d’avoir manifesté quelque compassion au passage du cortège funèbre de l’un de ces malheureux.

La statue D’Étienne Dolet

À la fin du XIXe siècle, la statue du célèbre supplicié occupe le centre de la place : l’imprimeur et humaniste français Étienne Dolet, considéré au XVIe siècle comme un esprit subversif. Dolet avait publié dans son imprimerie des livres érudits qui le firent accuser d’hérésie et d’athéisme, et donc jeter en prison.

La suite, on la connaît : il fut condamné à mort, pendu et brûlé en 1546. Sa statue devient le lieu de ralliement des anticléricaux, des dreyfusards et des libres penseurs, amis elle sera fondue pendant l’Occupation. malgré quelques pressions, elle ne sera jamais remplacée.

Plus anecdotique, à la fin du XIXe siècle, une « bourse aux mégots » sera installée sur la place : on y vendra du tabac à des prix variables, suivant qu’il provient de bouts de cigarettes ou de culots de pipes.

D’Aubert à Maître Albert

Selon certains, la place Maubert tire son nom de la contraction de celui de Jean Aubert, abbé de Sainte-Geneviève au XIIe siècle, l’abbaye étant alors propriétaire de tout le quartier. Selon d’autres, son nom est la contraction de celui d’un théologien du XIIIe siècle, qui professait lui aussi sur la place : Albert le Grand, aussi appelé « Maître Albert ». Une petite rue attenant à la place lui rend aujourd’hui hommage.

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