Des salons aux cafés littéraires

Les salons littéraires qui voient le jour au début du XVIIe siècle sont une petite révolution : tenus par des femmes éclairées, ces rendez-vous où se pressent penseurs et écrivains en vogue vont favoriser l’éclosion d’idées nouvelles. Ils seront bientôt suivis par les cafés littéraires.

L’un des plus célèbres salons du XVIIe siècle est celui de Madeleine de Scudéry, à qui l’on doit notamment Clélie, histoire romaine, ouvrage dans lequel figurait la célèbre carte du Tendre dont Molière se moquera dans Les Précieuses ridicules.  Après s’être formée dans le salon de Catherine de Vivonne à l’hôtel de Rambouillet, elle ouvre son propre salon dans l’hôtel particulier qu’elle a acheté rue de Beauce, dans le Marais, et où elle habitera pendant plus de cinquante ans.

À l’hôtel Carnavalet

Autre figure célèbre, la marquise de Sévigné recevra régulièrement dans l’hôtel Carnavalet, où elle habitera de 1677 jusqu’à sa mort. Situé au numéro 23 de la rue qui porte aujourd’hui le nom de la célèbre épistolière, ce très beau bâtiment date de la Renaissance et abrite l’un des plus jolis musées de la capitale, dédié à l’histoire de la ville, depuis ses origines à nos jours.

L’antichambre de la politique

Au début du XVIIIe siècle, pendant la Régence, Mme de Tencin, la mère de d’Alembert, reçoit chaque semaine dans son appartement du numéro 384 de la rue Saint-Honoré, dans le Ier arrondissement. Maîtresse officielle de Guillaume Dubois, qui tire alors les ficelles du pouvoir, elle consacre d’abord ses réceptions aux questions politiques et aux finances publiques.

Une fois la Régence achevée, elle oriente son salon vers l’univers de la littérature, en recevant les écrivains les plus célèbres de l’époque. On y croise ainsi Marivaux, l’abbé Prévost, Fontenelle et, plus tard, Marmontel, Montesquieu ou Marie-Thérèse Geoffrin, qui ouvrira à son tour un salon à partir de 1749 dans son hôtel particulier du numéro 374 de la rue Saint-Honoré. Un tableau de Charles Lemonnier représente cette belle assemblée, réunie en 1755 pour discuter de l’actualité littéraire autour de Mme Geoffrin, qui subventionnera une partie de l’Encyclopédie de Diderot et d’Alembert.

À l’assaut de la cité

En ce siècle des lumières, les salons sont solidement ancrés dans les mœurs de la vie mondaine parisienne. Mais, déjà, les idées ont besoin d’un nouvel espace pour se propager : elles quittent la sphère privée pour s’élancer à l’assaut de la cité avec les cafés littéraires.

Les savants des Lumières – Voltaire, Diderot ou Buffon – choisissent ainsi le café Procope, créé en 1686 en plein Saint-Germain-des-Prés, sur la rive gauche, comme lieu de rencontre. À la même époque, sur la rive droite, le café de la Régence est également bien connu des intellectuels parisiens. Créé en 1681, il attire quant à lui les joueurs d’échecs de la capitale et est fréquenté par Diderot ou Rousseau.

En 1789, les deux cafés deviendront des lieux de rendez-vous révolutionnaires, comme en témoigne le portrait de Robespierre qui orne la vitrine du Procope. Le 10 août 1792, c’est également de la que partit le mot d’ordre pour aller attaquer le palais des Tuileries.

Les cafés de la Bohème

Au début du XIXe siècle, le Procope sera fréquenté par la nouvelle génération d’écrivains – Honoré de Balzac, Victor Hugo ou Alfred de Musset . Mais il est peu à peu délaissé au profit d’autres établissements, comme le café Momus, situé au numéro 17 de la rue des Prêtres-Saint-Germain-l’Auxerrois.

S’y retrouvent les écrivains romantiques, dont Chateaubriand et Baudelaire, ainsi que des penseurs et critiques, comme Ernest Renan ou Sainte-Beuve. Le célèbre opéra de Puccini La Bohême, tiré du roman Scènes de vie de Bohême d’Henri Murger, s’y déroule en grande partie, restituant à merveille l’atmosphère qui mêlait artistes et intellectuels dans une même effervescence créatrice.

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